CAMEROUN – Un « Chèque santé » pour réduire la mortalité maternelle

Selon les statistiques, environ 6 000 femmes enceintes meurent chaque année en donnant la vie au Cameroun. Le projet « Chèque santé » finance partiellement les soins de santé maternelle et néonatale. Les chèques sont mis à la disposition des femmes pour leur donner accès, moyennant la somme de 6 000 FCFA (9,1 euros), à des prestations « de qualité » : prise en charge des pathologies qui ont un impact sur l’évolution de la grossesse (paludisme, anémie, infections…), quatre consultations prénatales, une échographie, un accouchement et la césarienne si les complications surviennent, ainsi qu’un suivi post-natal pour la mère et son bébé pendant 42 jours.

Le coût réel des prestations est remboursé aux centres de santé grâce à un fonds alimenté par l’Agence française de développement (AFD, partenaire du Monde Afrique) et la Banque de développement allemande. « Avant, les femmes dépensaient au moins 10 000 FCFA pour l’accouchement. Si la situation se compliquait avec une césarienne, cela pouvait monter à plus de 50 000 FCFA, selon les hôpitaux. Aujourd’hui, grâce au projet Chèque santé, les coûts ont drastiquement réduit », souligne Jean Claude Napani, responsable de la mobilisation sociale au sein de l’antenne de l’Extrême-Nord.

Entre le 23 juin 2015 et le 31 décembre 2017, près de 30 000 chèques ont été vendus dans cette région. Pour toucher un maximum de personnes, le projet forme des agents communautaires qui parcourent les villages. Des conducteurs de voitures, motos et tricycles en service dans les zones reculées, ont été mobilisés pour conduire ces femmes sur le point d’accoucher dans les centres de santé, moyennant une rémunération. Des formations sont réalisées auprès des imams, chefs de villages, maires et autorités administratives, pour les inciter à encourager les récalcitrantes.

« On s’est rendu compte qu’il y avait des femmes qui achetaient les chèques, mais préféraient accoucher par habitude, à la maison, assistées par des matrones, relate Jean Claude Napani. On a donc décidé de former ces accoucheuses traditionnelles au danger de l’accouchement non assisté par un personnel de santé ».

Trois ans après son lancement, difficile toutefois de savoir si le projet « Chèque santé » a réduit la mortalité maternelle dans la région. « On ne peut pas comparer car il faudrait avoir les données des décès en communauté [dans les maisons]. Ce suivi n’a pas été fait. Mais, le nombre d’accouchement assisté a augmenté de façon exponentielle. Certains centres de santé qui avaient à peine cinq accouchements par mois, se sont retrouvés à gérer 50, 75, voire une centaine d’accouchements. Certaines prestations comme les consultations postnatales, qui n’existaient pas du tout avant le Chèque santé, existent aujourd’hui », précise le docteur Carine Nga Edoa, médecin-conseil à l’antenne régionale de l’Extrême-nord.

Du côté des femmes, l’inquiétude se concentre sur la pérennité du projet. « Je n’aimerais plus accoucher à la maison car il y a trop de douleurs. La matrone oint ses mains d’huile de karité et tente de tirer l’enfant de ton ventre. Parfois, on utilise un morceau de bois pour pousser. A l’hôpital, ça ne fait pas mal. J’espère qu’on aura toujours le chèque », confie Rachel Aïssa. A 34 ans, elle est mère de cinq enfants dont quatre nés à la maison. Seul Oumarou, son dernier fils âgé de neuf mois, est « né sans douleurs grâce au chèque, dans un hôpital ».

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Année de publication : 2018
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Auteur(s) : Josiane Kouagheu

Source : Vigie du SIDIIEF