CANADA – L’insécurité alimentaire coûte cher au système de santé canadien

Les coûts de santé des Ontariens en situation d’insécurité alimentaire grave sont deux fois plus élevés que ceux des Ontariens plus favorisés, révèle une étude menée par des chercheurs canadiens.

« Nous savions déjà, preuves à l’appui, que les personnes qui peinent à se procurer des aliments sains en quantité suffisante ont plus de problèmes chroniques de santé physique et mentale, mais nous avons été très surpris par l’ampleur des coûts de santé engendrés par l’insécurité alimentaire », a expliqué Valerie Tarasuk, professeure au Département de nutrition de l’Université de Toronto, dans une entrevue audio avec la rédactrice en chef adjointe du Canadian Medical Association Journal.

L’étude, unique en son genre à ce jour, a permis de comparer les résultats d’une enquête auprès de 67 000 adultes1 avec les données compilées par le système d’assurance maladie de l’Ontario2. Il en ressort que 12,2 % des participants à l’enquête vivaient dans un ménage en situation d’insécurité alimentaire, classés selon trois degrés de gravité.

  • 3,9 % des participants étaient en situation d’insécurité alimentaire marginale3. Ces personnes coûtaient 23 % de plus au système de santé que celles en situation de sécurité alimentaire, soit 2 161 $ par an en moyenne, par rapport à 1 608 $.
  • 5,2 % étaient en situation d’insécurité alimentaire modérée4 et coûtaient 49 % de plus au système de santé, soit 2 806 $ par an en moyenne.
  • 3,3 % étaient en situation d’insécurité alimentaire grave5 et coûtaient 121 % de plus au système de santé, soit près de 4 000 $ par an en moyenne.

Les coûts de santé pris en compte étaient les suivants : soins en milieu hospitalier, visites à l’urgence, visites chez un médecin, chirurgies d’un jour, soins à domicile, ainsi que les médicaments sur ordonnance remboursés par le régime ontarien d’assurance médicaments.

Les banques alimentaires ne sont pas la solution

« Environ 4 millions de Canadiens sont actuellement touchés par l’insécurité alimentaire, a souligné Valerie Tarasuk. Les coûts énormes de santé directement entraînés par cette situation devraient convaincre le gouvernement fédéral de s’attaquer à ce problème de façon ciblée. Actuellement, aucune politique publique canadienne n’existe à ce chapitre, et les banques alimentaires ne sont pas la solution. Cela coûte très cher au système de santé, et il est inacceptable que des personnes aient à choisir entre le paiement de leur loyer et une alimentation saine et suffisante», a-t-elle déclaré.

Pour en savoir plus, consultez la fiche thématique de Veille-Action Lutter contre l’insécurité alimentaire chez les enfants et leur famille

Pour lire l’étude : Tarasuk V., et coll. Association between household food insecurity and annual health care costs. CMAJ August 10, 2015.

  1. Il s’agit d’une enquête de Statistiques Canada (Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes/Canadian Community Health Survey). Les données utilisées couvraient les années 2005 et 2007 à 2010.
  2. Ces données sont conservées par l’Institute for Clinical Evaluative Sciences.
  3. Insécurité alimentaire marginale : crainte de manquer de nourriture, d’être limité dans ses choix par manque d’argent.
  4. Insécurité alimentaire modérée : la qualité et la quantité de la nourriture sont compromises par manque d’argent.
  5. Insécurité alimentaire grave : saut de repas, portions réduites, parfois journée entière sans repas.

 

Source : Veille Action – 13 août 2015