INTERNATIONAL – Donner les surplus des supermarchés aux banques alimentaires : une fausse bonne idée?

Nom de l’organisme : Food Research Collaboration (FRC)

Est-ce une bonne idée d’utiliser les surplus alimentaires des supermarchés pour nourrir les gens qui ont faim? Non, tranche le groupe de travail Food Research Collaboration (FRC), qui réunit des universités et des organisations de la société civile dans le but d’améliorer le système alimentaire du Royaume-Uni.

Ils en arrivent à la conclusion que le fait de réduire le droit fondamental d’un individu à une alimentation suffisante et saine en comptant sur la distribution d’aide alimentaire n’est ni viable ni socialement équitable. Selon les auteurs du document, les enjeux de l’insécurité et du gaspillage alimentaire doivent être abordés séparément pour arriver à des solutions systémiques.

Lier mécénat privé et organisations charitables locales n’est pas, contrairement à ce qu’on peut penser, une solution gagnant-gagnant, mais plutôt un pansement qui ne règle rien, ne responsabilise personne, et humilie les personnes qui ont désespérément besoin d’aide (Pre Elizabeth Dowler, University of Warwick, membre du Food Ethics Council) 

De cette analyse des avantages et inconvénients de la redistribution des surplus alimentaires, il ressort 6 raisons de ne plus faire d’amalgame entre les deux thèmes :

  1. Obliger les supermarchés à donner leurs surplus alimentaires n’est qu’un pansement à court terme et non un moyen d’enrayer la faim et de respecter le droit des citoyens à l’alimentation;
  2. Ce système à 2 niveaux est humiliant : certains citoyens sont en mesure de choisir leurs aliments par des moyens socialement acceptables alors que d’autres voient les choix faits à leur place;
  3. Donner les surplus alimentaires ne réglera pas les dysfonctions du système alimentaire, les problèmes environnementaux, ni ne créera d’incitatifs visant à réduire à long terme les surplus et le gaspillage alimentaire;
  4. Il y a des avantages à court terme pour les individus, mais il n’y a pas assez d’études sur les impacts à long terme de ces dons sur la santé et l’insécurité alimentaire des citoyens;
  5. Encourager la redistribution des surplus permettrait au gouvernement britannique de se libérer de son obligation morale d’assurer la sécurité sociale des citoyens et transférerait cette responsabilité aux organismes de bienfaisance;
  6. Un approvisionnement alimentaire fourni par les supermarchés est imprévisible et les bénéficiaires seraient choisis en fonction des intérêts particuliers de chaque organisme de bienfaisance.

Les auteurs affirment que les solutions aux deux problèmes sont politiques. Pour réduire les surplus, ils recommandent, par exemple, de mettre en vigueur des taxes sur l’enfouissement et de ne pas accorder de déduction fiscale sur les dons alimentaires. En ce qui concerne l’insécurité alimentaire, affirment-ils, seul un filet social global qui comble l’écart entre le revenu et le prix des aliments est une solution viable

Pour lire la publication originale (en anglais) : Is it appropriate to use surplus food to feed people in hunger? Short-term Band-Aid to more deep-rooted problems of poverty. Food Research Collaboration, janvier 2017.